Comment vérifier les coûts de roulage des opérateurs ?

Par Olivier DARMON – Publié le 10 avril 2026 – Illustration : Kecko CC BY-ND 2.0
Comment vérifier les coûts de roulage des opérateurs ?
🤔 La problématique
Conduire un appel d’offres en transport urbain ou interurbain, en ces temps de forte inflation sur le coût de l’énergie, n’est pas chose facile.
En effet, comme les pétroliers, les candidats ont tendance à profiter de la conjoncture pour intégrer des coûts supplémentaires dans leurs réponses financières, non seulement sur l’énergie de propulsion des véhicules, mais également pour l’ensemble des thèmes liés à leur maintenance.
Aussi, comment faire pour établir la réalité des coûts de roulage présentés par les candidats dans leurs devis ?
💡 Notre solution
Les coûts de roulage d’un autobus ou d’un autocar se décomposent en une vingtaine de lignes dans lesquelles il est facile, pour un opérateur peu diligent, de surestimer les coûts qu’il présente à la Collectivité lors d’un appel d’offres.
✅ En premier lieu, le coût de roulage intègre l’achat de l’énergie de propulsion des véhicules (gazole, gaz, électricité, ou parfois hydrogène).
Les méthodes utilisées par les opérateurs pour surestimer leurs charges sur ce thème sont les suivantes :
⛽accroitre, ne serait-ce que d’un litre aux cent kilomètres, la consommation réelle des véhicules ce qui, sur une année, peut très rapidement aboutir à des sommes importantes ;
🌱se baser, pour calculer la consommation des véhicules exploités pendant toute la durée du contrat, sur ceux qu’ils ont actuellement en parc, alors que ces derniers seront nécessairement renouvelés par des véhicules plus récents et moins consommateurs de carburant ;
🧾baser les calculs sur un coût du carburant calculé en fonction de ce qui avantage l’opérateur (celui de sa dernière facture, ou bien de la facture des trois derniers mois, ou bien celui des douze derniers mois…)
✅ En deuxième lieu, le coût de roulage intègre la maintenance préventive des véhicules, laquelle inclut les vidanges régulières, le changement des fluides, des filtres, des pneumatiques, des pièces d’usure et les menues réparations.
Grâce à ses outils informatiques de suivi de la maintenance, chaque opérateur peut établir des statistiques sur les coûts y afférant en fonction de la marque, du modèle et de l’âge de chaque véhicule.
Il est cependant fréquent d’observer que les réponses aux appels d’offres sont préparées avec les chiffres les plus élevés parmi ceux observés par les opérateurs au cours de la dernière année.
Si ces chiffres ne sont pas atteints, la différence se transforme en marge pour l’opérateur.
✅ En troisième lieu, les réparations consécutives à des pannes ou des accidents doivent également être intégrées dans les coûts de roulage.
L’exercice est ici délicat car l’opérateur doit anticiper la probabilité que surviennent différentes pannes sur les véhicules qui seront exploités pendant toute la durée du Contrat.
Chaque candidat dispose cependant de bases de données sur ce thème et, une nouvelle fois, les données qui en ressortent sont majorées dans les réponses aux appels d’offres au détriment de la collectivité, de manière à ce que l’opérateur se mette à l’abri de toute mauvaise surprise.
✅ En quatrième lieu, l’opérateur oublie souvent qu’il intègrera nécessairement dans son parc des véhicules neufs, lesquels bénéficieront d’une garantie constructeur pièces et main d’œuvre.
Le coût de maintenance s’en trouve nécessairement allégé au cours des premières années d’exploitation, mais l’économie qui en résulte n’est pas intégrée dans le budget présenté aux A.O.M.
Elle se transforme donc nécessairement en marge nette pour l’opérateur.
✅ En cinquième lieu, l’analyse d’une offre doit bien intégrer celle de la répartition des kilomètres produits par énergie de véhicules.
Prenons l’exemple suivant :
👉 un opérateur dispose, pour exploiter un réseau produisant 1.000.000 kilomètres par an, de 50% de véhicules électriques roulant à 0,20 € du kilomètre et de 50% de véhicules diesel roulant à 0,80 € du kilomètre ;
👉 il répond à un appel d’offres en estimant que la moitié des kilomètres produits le seront en véhicules électriques et l’autre moitié avec des véhicules diesel.
- Son coût prévisionnel sera donc de (500.000 kilomètres * 0,80 €) + 500.000 kilomètres * 0,20 €) = 500.000 €
👉 mais, dans la réalité, il exploitera au maximum les véhicules électriques, d’autant plus qu’ils seront nécessairement plus récents ;
- la réalité des coûts qu’il supportera pourrait donc être, par exemple, de (400.000 kilomètres * 0,80 €) + (600.000 kilomètres * 0,20 €) = 440.000 €
👉 l’économie de 60.000 € se transforme en marge pour l’opérateur.
✅ En sixième lieu, n’oublions pas que de nombreux opérateurs utilisent un carburant d’origine végétale, qui n’est nullement impacté par le blocage du détroit d’Ormuz !
Au total, nous constatons quasi systématiquement, dans nos différentes missions d’A.M.O., des surestimations des coûts de roulage dans les réponses aux appels d’offres, même en présence d’une concurrence effective.
🤓 Notre conseil
Les A.O.M. peuvent déployer différentes méthodes pour vérifier la sincérité des coûts de roulage et de maintenance présentés par les opérateurs.
Pour notre part, nous comparons les chiffres présentés dans les appels d’offres avec ceux des régies de transport qui elles, n’ont aucune possibilité de manipuler la réalité des chiffres.